
Le test de Tinetti, aussi appelé POMA (Performance-Oriented Mobility Assessment), évalue la marche et l’équilibre chez les personnes âgées à travers une série d’items standardisés. Développé par Mary Tinetti en 1986, il reste l’un des outils cliniques les plus utilisés pour quantifier le risque de chute. Sa passation ne demande qu’une chaise, l’aide technique habituelle du patient et environ cinq minutes. Le score obtenu oriente directement la prise en charge en rééducation ou en prévention.
Effet de plafond et variabilité inter-examinateur du test de Tinetti
La plupart des fiches pratiques disponibles en ligne présentent le Tinetti comme un outil fiable et rapide, sans mentionner ses limites métrologiques. Deux biais méritent d’être connus avant de l’intégrer dans un bilan.
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Le premier est l’effet de plafond chez les sujets encore autonomes. Quand un patient âgé conserve une bonne mobilité, son score se concentre près du maximum. Le test perd alors sa capacité à détecter des déficits subtils ou à mesurer un progrès après rééducation.
Le second concerne la subjectivité de la cotation. Les items reposent sur une échelle ordinale (0, 1 ou 2), et la variabilité entre deux examinateurs peut être significative si la formation n’est pas standardisée. Un kinésithérapeute habitué à la gériatrie et un soignant non formé ne coteront pas de la même façon un item comme « équilibre debout yeux fermés ».
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Un professionnel qui souhaite télécharger un modèle complet du test de Tinetti à imprimer gagnera à accompagner le document d’une grille de cotation commentée pour harmoniser les pratiques au sein d’une équipe.

Cotation du score Tinetti : équilibre statique et marche
Deux versions du test coexistent dans la littérature, ce qui génère régulièrement des confusions lors de l’interprétation.
| Version | Partie équilibre | Partie marche | Score total |
|---|---|---|---|
| Version originale (16 items) | 9 items, sur 16 points | 7 items, sur 12 points | 28 points |
| Version étendue (22 items) | 13 items, sur 26 points | 9 items, sur 9 points | 35 points |
La version à 28 points est la plus répandue dans les publications internationales et dans les bilans de kinésithérapie. La version à 35 points, parfois utilisée en EHPAD, inverse le sens de cotation sur certains items : un score élevé y indique un risque plus important, à l’inverse de la version originale.
Vérifier quelle version figure sur le document imprimé est la première étape avant toute passation. Utiliser les seuils d’interprétation de l’une avec le formulaire de l’autre fausse le résultat.
Seuils d’interprétation de la version à 28 points
- Score supérieur à 24 points : risque de chute considéré comme faible. Le patient présente un équilibre globalement préservé, mais un suivi régulier reste pertinent.
- Score entre 19 et 24 points : risque de chute modéré. Cette zone justifie un programme de prévention ciblé (renforcement musculaire, travail proprioceptif).
- Score inférieur à 19 points : risque de chute élevé. Une rééducation spécifique et un aménagement de l’environnement sont recommandés.
Ces seuils ne sont pas des diagnostics. Ils constituent une aide à la décision clinique, toujours à replacer dans le contexte global du patient (pathologies associées, traitements sédatifs, antécédents de chute).
Tinetti et autres échelles de risque de chute : complémentarité
Le Tinetti n’est pas le seul outil disponible. Deux autres tests reviennent fréquemment dans les bilans gériatriques : le Timed Up and Go (TUG) et le Hendrich II Fall Risk Model.
Le TUG mesure le temps nécessaire pour se lever d’une chaise, marcher trois mètres, faire demi-tour et se rasseoir. Il fournit une donnée chronométrée, donc moins sujette à l’interprétation subjective. En revanche, il ne détaille pas les composantes de l’équilibre comme le fait le Tinetti.
Le Hendrich II est davantage orienté vers le milieu hospitalier. Les recommandations récentes en évaluation du risque de chute chez les patients hospitalisés tendent à privilégier ce type de modèle, qui intègre des facteurs médicamenteux et cognitifs absents du Tinetti.
Associer le Tinetti au TUG offre un bilan plus complet : le premier détaille les déficits qualitatifs item par item, le second quantifie la performance fonctionnelle globale par un temps mesuré. Cette combinaison limite les faux négatifs liés à l’effet de plafond du Tinetti seul.

Conditions de passation pour un score Tinetti fiable
Le matériel requis est volontairement simple : une chaise à dossier sans accoudoirs et l’aide de marche habituelle du patient (canne, déambulateur). L’examinateur observe et cote sans intervenir physiquement, sauf en cas de risque immédiat de chute.
Erreurs fréquentes lors de la passation
Changer de chaise entre deux évaluations successives modifie la hauteur d’assise, ce qui altère la comparabilité des scores sur l’item « lever de chaise ». L’idéal est de noter la hauteur utilisée sur le formulaire imprimé.
Coter un patient sous l’effet d’un traitement sédatif récemment modifié produit un score qui reflète davantage la pharmacologie que la capacité locomotrice réelle. Le moment de la journée et l’état médicamenteux doivent être consignés sur la fiche pour rendre le suivi longitudinal interprétable.
Réaliser le test dans un couloir étroit ou encombré modifie le comportement de marche du patient, notamment sur les items liés à la trajectoire et à la symétrie du pas. Un espace dégagé d’au moins quelques mètres en ligne droite reste la condition minimale.
Le test de Tinetti garde sa pertinence en gériatrie à condition d’en connaître les limites et de standardiser chaque passation. Le score seul ne suffit pas : c’est l’analyse item par item, combinée au contexte clinique et aux résultats d’autres tests, qui oriente réellement la prévention des chutes.